Harcèlement moral

Définir tout d'abord s'il y a effectivement harcèlement moral


Ne pas confondre autorité hiérarchique et comportement dictatorial pervers. Selon Marie-France Hirygoyen1 :
"Le pervers moral ne cherche pas à
améliorer la compétence du salarié, il cherche à anéantir celui-ci, à lui faire perdre toute confiance en lui. Il ne dira pas "votre dossier est mauvais pour telle et telle raison, il faut le refaire", mais "vous êtes nul, votre travail ne ressemble à rien". Il y a un mépris et une arrogance caractéristiques dans la violence perverse."
2

Le harceleur souffre d'un manque total de confiance en soi. Son refus de toute remise en question camoufle sa peur de voir ses propres faiblesses découvertes. En semant le doute dans l'esprit de sa victime, reportant sur elle toute la responsabilité des rapports conflictuels, au point qu'elle en vienne à s'imaginer hystérique, le harceleur dissimule ses propres fautes. "Il est constamment dans un rapport de domination, où il a en fait très peur de perdre, et il jugule sa peur par la violence."2

Outre cet aspect du pervers moral qui relève de la psychiatrie, il y a également toute une culture sociale qui pousse à l'autoritarisme et, de là, au harcèlement. Les écoles de commerces n'hésitent pas à former des "tueurs", les entreprises exigent de leurs dirigeants d'être des "vainqueurs"... Ceux qui ne s'intègrent pas au groupe sont éliminés. "On valorise la violence au détriment de la créativité, ce qui légitime pour le pervers sa façon d'agir."2

Plus prosaïquement, nombre de harceleurs agissent dans le désir de pousser à la démission un employé embarrassant pour ne pas avoir à inventer une "faute lourde" peu justifiable. C'est le cas dans l'administration, où le licenciement reste particulièrement difficile.

Harcèlement moral = Stress, insomnie, dépression


Le harcèlement moral est à la limite du harcèlement physique. Sa médiatisation est d'une importance fondamentale. Les victimes sont enfin écoutées, reconnues, aidées. Si vous aussi êtes victime de harcèlement, constituez dès que possible votre dossier. Essayez d'obtenir, obligatoirement par écrit, les griefs du harceleur. Assurez-vous d'avoir les témoignages de vos collègues, d'anciens employés, etc. Et foncez au tribunal des prud'hommes avant qu'il ne soit trop tard.

Le harcèlement moral est puni par la loi (Code du Travail et Code Pénal) d'une peine pouvant atteindre un an de prison et 15000 euros d'amende (98 393,55 F). Les éventuels licenciements, sanctions, mesures discriminatoires qui auraient été appliqués sont frappés de nullité. Le harcèlement moral se caractérise selon la loi par des faits répétitifs dégradant les conditions de travail, atteignant aux droits, à la dignité, à la santé ou à l'avenir professionnel d'une personne. Pour lutter contre ce fléau, vous pouvez :
  • Demander l'intervention d'un inspecteur ou d'un médecin du travail, d'un médiateur extérieur à l'entreprise choisi dans une liste dressé par le préfet
  • Saisir le Conseil des Prud'hommes (demande en nullité de la rupture de contrat)
  • Saisir le Tribunal de Grande Instance (sanction pénale)


Cf : articles 168 à 180 de la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002

"Cependant, on ne résoudra pas le problème uniquement avec des procès. La perversion morale demeurera tant qu'on fera croire aux gens qu'on existe en détruisant ou en dominant les autres."2


1- Auteur du livre " Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien " paru aux éditions Syros
2- Citation de l'auteur, Avantages, novembre 2001


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